LA MINGA
Une voix des tropiques

Exposition collective internationale
mars-avril 2025
Musée Sauvage
Il existe des mots qui ne se traduisent pas,
qui désignènt une manière d'être au monde
La Minga est de ceux-la
Née dans la mémoire des Andes, La Minga est le geste par lequel les corps se rassemblent, les voix se répondent et les territoires respirent à nouveau.
Le refus de l'isolement
La certitude que nous existons les unes par les autres
Le murmure ancestral qui nous rappelle que créer,
C'est aussi prendre soin.
Aujourd'hui, cet appel traverse les océans
De la montagne de Siloé, a Cali, jusqu'à Argenteuil. des artistes portent des fragments de mémoire, de résistance et de dignité.
Levis oeuvres sont des présences.
La Minga: une voix des tropiques est une invitation à
entrer dans un espace où la création devient
langage commun où les frontières se dissolvent,
où l'art participe à la guérison.
Nous vous invitons à franchir ce seuil, et a devenir,
vous aussi, partie vivante de cette voix.
María Camila Cifuentes


La Mer(e)
Dialogue entre art et science
Exposition collective transdiciplinaire
mai 2026
La Traverse
La Mer(e)
Avant le premier souffle, il y avait l’eau.
Il y avait la mer.
Avant la parole, il y avait l’étendue, espace infinis , demeure de l’infiniment petit, obscurité profonde des abysses où, au-delà de de 100 mètres, aucun rayon du soleil ne subsiste. Maîtresse sacrée du mystérieux jeu de la vie.
Les mots chantent parfois ce que la raison oublie : en français, Mer et Mère partagent la même phonétique, la même musique. La langue nous rappelle que ces deux origines n’en forment peut-être qu’une seule.
Tout a commencé dans son ventre, bien avant nous.
Le phytoplancton dont les coccolithophores — architectes microscopiques de structures calcaires composent des très anciennes archives de l’océan — furent parmi les premiers à capter lumière et CO2, produire l’oxygène que nous respirons et inscrire dans la roche la mémoire du monde. C’est aux dessins de phytoplanton que Pascale Lander s’est confrontée dans les collections naturalistes de l’Observatoire Océanographique de Banyuls-sur-Mer — le Laboratoire Arago de Sorbonne Université — lors de sa résidence à La Traverse à la mer. De cette rencontre entre le regard scientifique et la main de la peintre naît une œuvre qui relie le poumon vert des forêts au poumon bleu de l’océan, tissant entre ces deux souffles une seule respiration du vivant.
Sous les vagues, là où notre regard ne descend pas, le corail blanchit. En expulsant ce qui le faisait vivre, il se vide peu à peu de sa lumière, de sa couleur intérieure, sous l’effet d’une eau trop chaude, trop acide, trop saturée de nos excès. Son secret tenait dans une alliance silencieuse : celle de la zooxanthelle et du polype, une symbiose discrète entre un végétal et un animal qui, hors de notre regard, a bâti des récifs, des falaises, des îles, parfois des territoires entiers.
Dans les sculptures céramiques d’Aline Schmitt, aux teintes irisées qui se métamorphosent selon l’angle du regard, cette alliance demeure visible : les courbes du corail vivant, l’entrelacement de la chair et du minéral. Mais là où la couleur s’éteint, là où la surface blanchit, c’est l’acidification elle-même qui affleure : la zooxanthelle expulsée, la vie qui se retire. Chez Schmitt, la blancheur n’est pas absence de forme, elle est absence de vie.
La matière, elle, garde mémoire de ce que l’œil ne voit plus. Valentine Huyghues Despointes travaille le cuir pour en faire surgir ce que les coraux batisseurs de récifs marins portent en eux depuis des millénaires : la logique lente du vivant qui s’édifie, couche après couche, dans la résistance et la douceur. Ses formes évoquent la membrane, l’enveloppe, la surface poreuse — ce qui filtre autant que ce qui relie. Comme le récif, son travail tient ensemble une richesse de couleurs, de formes, la beauté de la structure; mais aussi la fragilité, la ténacité, et la conscience de sa vulnérabilité. Avec les oeuvres de Valentine, on voyage avec elle sous l’eau, on plonge et on découvre le paradis que sous la lumière éclatante de tropiques on pourrait le perdre à jamais.
Les toiles de Salvador Ruiz habitent quant à elles cet entre-deux : la ligne trouble où la surface de l’eau cesse d’être frontière pour devenir passage. Ses formes de pirogues traversent la matière picturale comme des mémoires en dérive, elles évoquent la relation ancestrale de l’être humain à la mer : non pas la domination, mais la traversée, l’acte de se confier à ce qui nous dépasse, de naviguer sur ce qui nous précède. Le pigment, les grains de sable, la poussière de marbre s’étalent, se rétractent, se déposent comme une sédimentation lente. Ici, le calcaire du marbre, fruit de l’œuvre bâti exclusivement lors des époques reculées par la vie marine, dialogue avec les structures fascinantes de coccolithophores et de récifs des mers actuelles. Chez lui, la mer possède la texture du temps.
C’est depuis cette réalité que La Mer(e) s’éclaire non pour démontrer, mais pour rendre sensible. L’exposition tisse ce lieu rare où se rencontrent la rigueur de la science océanographique et l’intuition de la création contemporaine, portée par la conviction que l’Art peut atteindre ce que les données et microscopes seules ne transmettent pas :
la luminosité du vivant, la texture de la perte, la couleur du silence, l’épaisseur de ce qui disparaît.
Car nous partageons avec les organismes marins bien davantage qu’un destin écologique. Nous sommes, nous aussi, eau, carbone, calcite, respiration animale. Comme le corail, nous bâtissons, nous calcifions, nous édifions des structures vouées à durer puis à disparaître.
Peut-être nous faudrait-il alors apprendre des récifs :
grandir lentement, réduire nos besoins, résister sans conquérir,
inventer de nouvelles stratégies de vie, de symbioses,
profiter du vent plutôt que le contraindre,
ouvrir d’autres passages, semer, aimer
Résidence de création pour artistes et penseurs.
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