Daniel Joppert
Le Laboratoire de résidence artistique et créative La Traverse Grand Paris est un atelier de cent jours dédié à l’apprentissage, au perfectionnement technique et au développement artistique. Il favorise des opportunités d’expérimentation, de création, de recherche et de mise en réseau dans les domaines de l’art, de l’écologie et de la science.
Le processus de formation aboutira à la publication d’un livre composé de photographies analogiques, d’écrits de terrain, d’archives orales ainsi que de textes de fiction et de non-fiction. Cet ouvrage sera conçu et développé comme une présentation multimédia, sous la direction de l’équipe culturelle et artistique de La Traverse, dirigée par la Dre Diana Ruiz Pino.
Le projet s’inscrit dans un processus de recherche et de documentation culturelle visant à promouvoir la justice sociale et climatique, ainsi que des démarches décoloniales et antiracistes, à travers la construction — sous la forme d’un livre et d’une plateforme multimédia — d’imaginaires insurgents fondés sur les savoirs scientifiques, l’expérience territoriale, une perspective écosystémique et une cohérence historique ancrée dans la sociobiodiversité présente dans le Sud global.
En Amérique, une intelligence sophistiquée existe depuis des millénaires, profondément consciente des cycles naturels. Ces terres ont vu naître des peuples intimement interconnectés, qui ont développé des modes de vie fondés sur l’autosuffisance et organisés de manière multicentrique au sein de leurs territoires. Plus encore : leur technologie, organique et intégrée, a toujours été fondée sur la biosphère. Ces peuples comprenaient déjà les conséquences géologiques et spirituelles néfastes de l’extraction de roches et de métaux, qui implique de pénétrer la lithosphère ; c’est pourquoi ils ne s’y livraient pas. Ce sont ces peuples qui ont créé une route en canoë reliant le fleuve Napo, à Misahuallí en Équateur, au sud-est de Cuba. Cette route est décrite par Antonio Núñez Jiménez dans l’ouvrage De canoë de l’Amazone aux Caraïbes, préfacé par Gabriel García Márquez. Il s’agit d’un journal de voyage qui accompagne l’auteur lorsqu’il refait ce parcours dans le contexte du 500ᵉ anniversaire de la rencontre de deux mondes (lorsque les Européens traversèrent l’Atlantique).
À travers ce livre, le naturaliste Antonio Núñez Jiménez a cherché à mettre en lumière la profonde culture existant sur ces terres, son vaste rayonnement et son haut degré d’intégration. Il y présente leurs manières de faire comme des choix culturels fondés sur des bases scientifiques, ayant généré une abondance collective et transmis de génération en génération pendant des milliers d’années.



